27 déc. 2019

« Dehors le soleil ne sert à rien, il est là mais ne réchauffe pas. Un ciel bleu d'acier froid l'encadre et vitrifie l'atmosphère. Aucun nuage. Les tours de véhicules semblent de verre, coupantes, cassantes. Plus la peine d'aller chercher son nécessaire à trichlo planqué allée E,F,G, Black Shark ne sortira pas cet après-midi. Son père en a décidé autrement, son père a décidé de le préparer au Kännöst, de céder à leur tradition de merde et aux exigences du vieux pourri, de Zelj le tueur de chien.»

La Rouille
Eric Richer
éditions de l'Ogre (2018)

Un enfant sans mère, vivant avec un père qui ne s'en occupe presque pas dans une casse de voitures. La seule présence aimée, son chien Lupus, abattu par son grand-père qui le jugeait trop malade. Le garçon sniffe tous les solvants possibles et imaginables pour fuir la réalité et retrouver son requin noir, animal totémique qui le soutient et l'accompagne quand il se shoote.
Aucun espoir pour ce garçon (malgré le frère de sa mère qui veille un peu sur lui)  dans un monde d'hommes désespérés s'accrochant à un rituel barbare de passage à l'âge adulte pour essayer de garder une structure à une société qui se délite.
Le garçon n'en réchappera pas. L'écriture laisse une place à ses délires. La distorsion entre ce qu'il voit et ce qu'il comprend ou perçoit quand il se shoote est rendu dans le style, ce qui donne des moments d'écriture où l'on a l'impression d'être dans des sables mouvants d'une perception altérée par les vapeurs de trichlo.
Très dur.

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